Plouha avant 1901 - Bréhec & Lanloup en un siècle

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Précurseurs et pionnières
Quelques documents rares.
7 cartes
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Avant la carte postale illustrée, il était possible d'envoyer une carte postale du type de celles présentées ici, circulées en juin 1873, soit la même année que celle d'émission des premières cartes postales officielles en France. Pour en savoir plus, consultez la page 'Datation des cartes postales anciennes' sous le menu 'Les éditeurs'.

La photo 3 est une gravure sur bois originale tirée d'un livre édité en 1885 et intitulé Le littoral de la France du Mont Saint-Michel à Lorient (vol. 2 de 6) par Valentine Vattier d'Ambroyse, ouvrage couronné par l'Académie française. Ce n'est pas une carte postale à proprement parler, mais elle représente le type d'image imprimée dans les livres et la presse telle le journal l'Illustration, publié de 1843 à 1944.

Pour comprendre la terminologie du cartophile, il faut distinguer le terme 'précurseur' de celui de 'pionnier'. Précurseur doit être compris comme signifiant 'qui vient avant' ou 'annonciateur', le terme se réfère donc aux cartes postales de l'administration des P & T qui circulent à partir de 1873, comme les deux exemples portant le cachet de Plouha ici. Pour les cartes postales illustrées à partir de 1889 et jusqu'à la division du recto (actée en novembre 1903), à savoir les cartes d'avant 1904, on parle de cartes pionnières. Enfin, le terme 'phot.' sur les cartes anciennes ne signifie pas 'photographie' mais 'phototypie'. Il s'agit d'un procédé de reproduction d'images photographiques monochromes et d'impression à plat par report du cliché négatif sur une plaque de verre recouverte d'une couche de gélatine bichromatée (vous savez tout!)

En ce qui concerne la première carte postale illustrée ayant pour sujet Plouha, difficile de se montrer péremptoire. En tout cas, il est quasi-certain qu'il s'agit d'une carte postale de la chapelle de Kermaria an Iskuit, du XIIIe siècle, une appellation qui peut être traduite comme 'chapelle du village de Marie la salvatrice' (l'expression is-kuit en breton signifie 'qui tire d'affaire'), et dont sa Danse Macabre lui a permis d'obtenir la classification de monument historique dès 1907 (seuls six autres édifices religieux en comportent une en France). Découverte sous une couche d'enduit en 1856, cette farandole dans laquelle les morts entraînent les vivants explique sans doute la renommée de cette chapelle, qui figure déjà dans l'ouvrage de 1885 mentionné supra. On comprend mieux sa présence sur une carte imprimée en Lorraine et sans mention d'éditeur breton. Vous avez ici les trois candidates à ce titre, toutes circulées ou écrites en 1903!

Barat n 16. La date est relativement précise, à savoir 1901. Jean-Baptiste Barat a épousé une native de Portrieux et vient passer des vacances dans la région de sa femme. Ses premières cartes sont imprimées chez Royer à Nancy (presque la capitale de la carte postale illustrée à cette époque avec les maisons Bergeret, Royer, Bellieni, Helmlinger, Barbier, Humblot ou encore Curry, Farnier...) avec la mention 'édit. phot. Paris - Cliché obtenu avec jumelle Bellieni'. Malgré la difficulté liée aux retirages qui ne reprennent pas forcément les mentions de l'original, on note que vers la carte n⁰ 180, la mention devient 'éditeur à Paris - St Quay' et le matériel utilisé alterne entre Bellieni et Mackenstein, ce que les premiers tirages indiquent jusqu'au n 260. À partir de là, on ne voit plus que des cartes 'éditeur à Saint-Quay', puis après la n 299, on ne voit plus la mention 'jumelle Bellieni'. Grâce aux nombreux exemples de cartes circulées, il est possible de dater le cliché n 16 à 1901 (j'ai la carte n 17 Tour de Kerroc'h à Paimpol écrite cette année-là) et on sait que Barat s'installe à Saint-Quay vers 1902/1903.

—  En ce qui concerne celle de Mancel écrite à l'encre violette, couleur typique pour les écoliers en 1900, c'est cette  même date de 1901 qui peut s'appliquer. Albert Mancel, négociant et photographe, s'installe à Binic avec une succursale à Saint-Brieuc à la fin du XIXe siècle, et on sait grâce à la mention sur certaines photographies qu'il obtint un diplôme d'honneur pour sa photographie à Saint-Brieuc en 1901. La carte nuage sur Kermaria porte le n 34, or j'ai vu la carte n 24 Binic - le goulet, écrite en août 1901 et une autre copie d'icelle circulée en août 1902. Ainsi, Barat et Mancel se retrouvent au coude à coude, et probablement tous deux vainqueurs. Sauf que...

Adrien Humblot reprend en 1897 l'ancienne lithographie messine Munier de Nancy, s'associe à l'imprimeur Simon et commence une production de cartes postales illustrées vers 1898, la même année qu'Émile Hamonic à Saint-Brieuc. En 1905, Humblot et Simon rejoignent les maisons Bergeret et Helmlinger pour former les Imprimeries Réunies de Nancy. Adrien Humblot est à l’origine de nombreux de nombreux procédés appliqués à l’industrie lithographique et typographique. En 1909, il présidera l’important Congrès annuel de l’Union des Maîtres-Imprimeurs de France. Il quitte la société nancéenne en 1911 pour créer les Papeterie et Cartonneries de Laneuveuville. En ce qui concerne la carte de Kermaria, sans numérotation, son style 'petit' nuage, le papier, le lettrage, mais aussi la genèse de la maison Humblot me font pencher pour une datation de 1899 voire 1900.

Comme toujours avec les cartes postales, le cachet de la poste faisant foi, je n'ai pas encore réuni de preuve me permettant d'affirmer avec certitude quelle est la première carte postale illustrée de Plouha, sauf celle de dire que la chapelle de Kermaria a cet honneur. Néanmoins, et pour trancher, je me prononce en faveur du cliché Humblot.
Pour terminer, voici quelques exemples de lettres et de timbres pour mieux connaître la poste à Plouha. Je commence par une rareté, un ballon monté du 19 octobre 1870, soit au 32ème jour de siège.



Lors de la guerre de 1870-71 avec la Prusse, Paris se retrouve encerclée. Le photographe Nadar crée alors la « Compagnie des aérostiers militaires » qui a pour but de fabriquer des ballons pour permettre l'observation des mouvements de l'ennemi. Le directeur général des Postes, Germain Rampont, suggère alors d'utiliser ces mêmes ballons pour organiser les communications avec l'extérieur de Paris. Le premier ballon prend son vol le 23 septembre 1870 et arrive à franchir les lignes ennemies. Le 27 septembre 1870, deux décrets sont pris par l'Administration des Postes du Gouvernement de la Défense Nationale autorisant l'expédition du courrier par voie d'aérostats. C'est la naissance de la Poste aérienne. L'administration impose d'écrire sur du papier très mince et de plier la lettre en la cachetant de façon qu'il ne soit pas nécessaire d'utiliser d'enveloppe, les plis ne devant pas excéder 3 ou 4 grammes. Pour éviter la détection et la capture possible des ballons par les troupes prussiennes, les lancements se font de nuit à partir du 18 novembre. Malgré l'invention d'un mousquet anti-ballon par l'industriel Krupp, sorte de premier canon anti-aérien, les missions furent somme toute couronnées de succès puisque durant le siège 66 ballons montés transportèrent 164 passagers, 381 pigeons, 5 chiens et plus de 2 millions de lettres, et une seule perte humaine.

Pour en savoir plus, je vous propose la lecture d'un ouvrage de 1872 intitulé Par ballon monté. Lettres envoyées de Paris pendant le siège: septembre 1870-10 février 1871 par Louis Moland, un témoignage encore très frais de l'histoire des ballons montés. Cliquez sur l'icône ci-dessous pour télécharger le fichier PDF.


Lettre de 1848 envoyée de Plouha via Portrieux avant l'introduction du timbre, cachet Plouha 21



Cachet losange à petits chiffres 2472 de Plouha de 1852 à décembre 1862 sur timbres Empire 40 cts non dentelés

 

Cachet losange à gros chiffres 2905 de Plouha de décembre 1862 à 1876 sur timbre Empire 20 cts dentelé


Cachet losange à gros chiffres 2905 de Plouha de décembre 1862 à 1876 sur timbres Cérès 20 cts non dentelé


Cachet losange à gros chiffres 2905 de Plouha de décembre 1862 à 1876 sur timbres Cérès 25 cts dentelé


Lettre de 1876 envoyée de Plouha sur timbre Sage 25 cts. Cachet circulaire utilisé à partir de 1876.



Lettre de 1900 envoyée de Plouha sur timbre Sage 30 cts et Mouchon 10 cts




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