Le village de Bréhec - Bréhec & Lanloup en un siècle

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Le village de Bréhec
Dernier village côtier de la Bretagne bretonnante !
Photo © Anse de Bréhec

Étymologie
L'origine du nom est incertaine en l'absence de preuves documentaires permettant d'affirmer avec certitude son étymologie.

Ci-dessus, photo © Brian Noel
Ci-dessous, dessin des enfants Riou durant le confinement
Situé dans le Bro-Oueloù (pays Goëlo), dont l'étymologie discutée signifierait «pays des meilleurs» ou «pays des choisis», il a été dit que Bréhec aurait été la première rive qu'abordèrent au 5ème siècle les immigrants venant des Îles Britanniques, à la tête desquels était le moine gallois Brioc (dont le nom apparaît pour la première fois en 1032 sous la forme Briocus). S'il est vrai qu'en breton le nom devient Brieg (le g prononcé comme un c dur ou k), on comprend l'idée de Brieg francisé en Bréhec. Néanmoins, aucune trace du passage de ces Celtes n'a été trouvée, ni rapportée par écrit. Il est donc quasiment certain que le nom du village n'a pas pour origine celui d'un évangélisateur venu d'outre-Manche. Nous laisserons ainsi à Saint-Brieuc son saint éponyme.
Autre tentative d'explication du nom, celle d'Arthur Le Moyne de La Borderie dans son étude de 1888 sur la Vita de saint Guénolé (livre I, chapitre II), écrit comme tel dans les livres anciens mais plutôt avec les lettres Gw dans les textes plus récents. Cet ouvrage du haut Moyen Âge, composé à Landévennec entre 874 et 884, raconte qu'un homme illustre du nom de Fracan (père de Guénolé) quitte sa terre natale en raison d'une épidémie et vient en Armorique prendre un domaine de la dimension d'une ploue (traduction celtique du latin plebs, dénotant une unité d'organisation territoriale et sociale habitée par une communauté humaine, sorte de paroisse primitive). Le livre précise qu'il débarque « dans le port qui s'appelle Brahec », soit en latin moyenâgeux in portum qui Brahecus dicitur. On comprend donc l'association Brahecus-Bréhec. Néanmoins, rien n'indique qu'il s'agit bien de notre village ou de la baie qui porte son nom, le texte ne donnant aucune indication sur l'endroit de débarquement autre que son nom. En revanche, le père de saint Guénolé a bien donné le sien, de nom, à la ville de Ploufragan. Nonobstant, on notera le terme Brahec.
Cette dénomination du village par Brahec, on la retrouve au XIVe siècle. Grâce à Jean-Paul Le Buhan, dont l'article est paru dans le n⁰ 33 des Carnets du Goëlo, j'ai appris que la première mention écrite de Bréhec remonte à 1362 et se trouve dans le testament de Pierre Poulart, chevalier, et de Constance de Kerraoul, sa femme, établi à Guingamp le 14 juillet 1362 et rédigé en vieux français. L'obituaire de Beauport en fait également mention en 1364, l'abbaye en sa qualité de légataire en échange d'une sépulture pour les époux en son église Notre-Dame, déclarant :
« Petri Poullart militis ac domine Kerbeseu qui dedit nobis decimam de Brahec pro obito suo. »
[Pierre Poulart, soldat et maître de Kerberzo (en Pléhédel), qui nous donna le dixième (c.-à-d. la dîme) de Bréhec par son décès]
Le testament fait référence à la dîmerie de Bréhec (territoire sujet au droit de dîme, soit un dixième), une donation ducale accordée au sieur Poulart par l'acte n⁰ 271 du Recueil des actes de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre. Cette dîmerie comprend des terres à blé sises à Brahec en Plochaha, soit Bréhec en Plouha en vieux français, que Pierre Poulart, fait chevalier en 1357, reçoit en récompense d'une vie de service auprès de la comtesse Jeanne, comme receveur puis trésorier du couple ducal.
Ainsi, s'il est avéré que Bréhec existe depuis au moins le XIVe siècle, et peut-être même avant si Fracan y a bien débarqué, il est clair que le nom n'est pas dérivé d'un saint de la période des Ve et VIe siècles. Il faut dont se pencher sur la langue bretonne pour essayer de trouver un sens au nom porté par le village. On pourra s'aider avec le Dictionnaire Breton-Français de Le Gonidec précédé de sa grammaire bretonne de 1850, accessible en ligne via Gallica ici, qui offre l'avantage par rapport aux dictionnaires bretons modernes de présenter la langue telle que parlée lors de l'établissement des cartes anciennes.
Première possibilité, le mot brec'h (le "c'h" est similaire au jota espagnol ou au mot nacht en allemand) qui signifie bras, la géographie permettant de visualiser l'anse comme un bras de mer s'avançant dans les terres. Néanmoins, la mairie de Plouézec a choisi de retenir une autre possibilité pour les panneaux du Village marin, celle du mot brec'h, qui peut se retrouver sous la forme diminuée bre (comme Brélévénez, près de Lannion), qui signifie colline ou mont. C'est notamment l'étymologie de la commune de Brec'h dans le Morbihan. Dans les deux cas, la grammaire suggère que Bréhec comporte un adjectif à désinence en -eg (un "g" dur francisé en -ec), suffixe utilisé pour indiquer le sens de petit, dont le radical est brec'h ou bre. À ce propos, et pour accentuer l'incertitude, la carte marine napoléonienne utilise le terme Brehech (voir infra), ce qui pourrait donc être la francisation par les hydrographes de Brec'h, avant abandon du "h" sur les cartes ultérieures !
Bref, petit bras (de mer) ou petite colline... au choix du lecteur !
Quoi qu'il en soit, il n'existe aucun autre endroit appelé Bréhec. Le musée de Marseille, MuCEM, possède dans son fonds Gauguet-Widmer une photo du début du XXe siècle (ici) intitulée Fontaine de Bréhec, mais il s'agit d'une erreur de classification, la photo représentant la Fontaine miraculeuse du Drennec à Clohars-Fouesnant dans le Finistère.

Photo © Léo Le Phare
En ce qui concerne le nom des lieux, les hydrographes du XIXe siècle, ignorants de la langue bretonne, ont créé une toponymie nautique qui est un mélange de traduction et de francisation, pas toujours bien inspirée. Par exemple, ar C'herregi (les écueils) devient Erqui, puis Erquy. Ar C'hleguer (les rochers surplombants) devient le Léguer, puis le Légué. De plus, il faut tenir compte des variations régionales qui existe entre le breton de Basse Bretagne et celui de Haute Bretagne (par exemple, men dans le Goëlo est plutôt karreg à Concarneau ; tandis que padell chez nous devient palenn ou pladenn près d'Audierne). Rajoutons de la difficulté en mentionnant l'intégration de termes français dans la langue bretonne dès l'époque de Colbert. Pour exemple, route est devenue roud en breton, d'où le terme roud al linenn (direction de la ligne). Autres exemples de termes français «bretonnisés», c'hompa (compas), merk (marque)... Bref, pas simple! François Ters mentionne l'exemple de la mouette, ar skrev en breton, francisée par la carte de Cassini en «ar screo», terme retranscrit sur les cartes ultérieures comme «ar sérive ». La côte de Goëlo et son large fournissent ainsi des transcriptions sur cartes marines pas évidentes à trouver au premier coup d'œil. Quelques exemples avec des lieux proches de Bréhec:
  • Ar Arouolenn (signification incertaine, possible bretonnisation) = La Horaine (horain est un vieux terme de marine inusité signifiant un danger au large)
  • An Disvar Adreñv (le remous d'arrière) = Plateau des Roches Douvres
  • Roc'h an Douvez (roche du fossé) = les Roches Douvres
  • An Holeneier (les salinières) = Olénoyère [tourelle du Trieux]
  • Monsellou Richard (tas de Richard) = Moncello Richard [Bréhat]
  • Roc'h Kranked (roche aux crabes) = Roch Tranquet [Loguivy]
Parfois, la traduction est parfaite :
  • Ar Gazeg (la jument) = La Jument [St-Riom]
  • Gwrac'h an Treou (vieille du Trieux) = Vieille du Trieux [Trieux]
  • Roc'h ar Groaz (rocher de la Croix) = Phare de la Croix (construit sur le rocher du même nom) [Trieux]
  • Enez Koad (Vras/Vihan) = Île à bois (grande/petite) [Trieux]
  • Ar C'havr (la chèvre) = La Chèvre [Bréhat]
  • An Treir Enez (les trois îles) = Les Trois Îles [Bréhat]
  • Ar Peuliou (les piliers) = Le Pilier [à tribord de l'Île Blanche (Pointe de Guilben)]

Elle peut également provenir d'un langage salé ou amusant :
  • Ar Gouin (le vagin) = (passe de) la Gaine [aux Roches Douvres]
  • Toull Kaoc'h (trou merdeux) = Anse de vase à l'Est de l'Île à bois
  • Bidenn an Eskob (la verge de l'évèque) = roche près du phare de la Croix
  • Sac'h ar Pab (les bourses du Pape) = roche près du phare de la Croix
  • Roc'h Badaboum (rocher badaboum) = Pointe du Paon [Bréhat]
bien que dans ces dernier cas, on peut se poser la question de savoir si le jour où les hydrographes sont passés, les marins du coin décidèrent de se montrer facétieux, sachant que leur interlocuteur n'y comprendrait rien de toute façon ! D'ailleurs, depuis les études sérieuses réalisées dans les années 1950, le SHOM a rectifié un grand nombre de ces aberrations sur les cartes modernes, reprenant souvent le nom breton plutôt que la francisation des cartes anciennes, tel Roch Tranquet redevenu Roc'h Kranked.
Pour Bréhec, pas trop de difficulté à comprendre les noms figurant sur la carte, il suffit de traduire :
  • Beg = pointe ; et, spécifique au Goëlo, terme parfois employé comme petite roche pointue
  • Men = pierre, également roche ou rocher, francisé par min ; plus courant sur la côte dans le Goëlo que roc'h qui semble être réservé aux rochers du large
  • Ruz = rouge ; incorrectement francisé en rouz, breton pour roux
  • Beg min rouz = pointe de la roche rouge
  • Padell = roche plate, d'où Padel (il existe une autre possibilité, voir infra)

Le Taureau est le nom porté par la balise de signalisation marquant le seul danger de la baie, nom qui apparaît déjà sur la carte des services hydrographiques de 1843 comme celui donné à l'îlot rocheux sur lequel elle repose. Sa construction peut être datée à la première moitié de 1863 grâce aux Annales hydrographiques du 1er juillet de la même année. Dans la section Balises, bouées, etc., est annoncé de manière laconique à la page 257: «Côtes-du-Nord. - On a construit une tourelle en maçonnerie sur le rocher du Taureau, dans la baie de Bréhec.». Quant au pourquoi de sa construction, elle est motivée par le naufrage de la bisquine « l'Angélique » de Binic en 1862 qui, poussée par la tempête, s'est brisée contre les rochers. Le Publicateur de Saint-Brieuc du 5 décembre rapporte la tragédie et déclare que tout l'équipage a péri. La tourelle figure page 288 dans l'état du balisage des côtes au 1er janvier 1864 de l'ouvrage de la même année intitulé Mémoire sur l'éclairage et le balisage des côtes de France, vol. 1, Paris : Imprimerie Impériale, de Léonce Reynaud, Inspecteur général des Ponts et Chaussées. Elle y est décrite comme «Peinte en blanc sur les faces N., E. et S. et en noir sur la face O.». Une description approfondie en est donnée dans le Dictionnaire géographique et administratif de la France de Paul Joanne, Paris: Hachette, 1890, dans l'encart consacré à Bréhec, page 595 :
«Au large de l'anse de Bréhec, un rocher, le Taureau (à 1200 m E. S. E. de la pointe de Bréhec et 1 k N. E. de la pointe de la Tour), est signalé par une tourelle blanche et noire. C'est le seul danger de la côte : le Taureau est un rocher à pic entouré de fonds de 10 à 12 m., et qui assèche de 6 m. À l'ouverture de l'anse de Bréhec on rencontre des fonds de sable et vase de bonne tenue ; on y serait à l'abri par tous les vents du N. O. au S. par l'O. ; mais la houle s'y fait sentir avec les vents d'O., et les rafales qui tombent des hautes terres y sont très violentes. Le courant de flot porte sur la pointe de Plouha au S. E., et celui de jusant (NDLR: marée descendante) sur celle de Minard. L'anse est le seul point de la côte comprise entre la pointe de Plouha et la baie de Paimpol où l'on puisse débarquer avec de la houle ou des vents du large.».
Pour finir, on trouve dans Le Sémaphore de Marseille du 13 mai 1893 la mention «Anse de Bréhec - La tourelle du Taureau, qui était noire et blanche est actuellement noire et rouge.», reprenant sans doute une annonce des Annales hydrographiques. Elle n'a pas changé depuis, sauf par l'ajout des deux boules noires en application des règles de navigation modernes, qui, comme le savent les marins, veulent dire que ce danger peut être contourné indifféremment par babord ou tribord.

Alors... et le nom ? La coupure de presse du Publicateur de 1862 sur le naufrage ne donne pas le nom Taureau pour la tourelle mais imprime le mot Tard, sans doute une mauvaise transcription du rapport du journaliste qui a dû écrire tarô ou tarv (le 'v' à l'ancienne ressemble parfois à un 'd'). Tarô ou tarv est le terme breton pour taureau mais aussi pour mâle ou entier (maoui-tarv = bélier, tarv-kaz = chat non castré), ce qui valide l'usage du nom donné au récif par les gens du cru. Étant donné qu'il est impossible de savoir ce à quoi ressemblait cet îlot rocheux avant la construction de la tourelle, l'explication la plus simple est donc de suggérer que, avant travaux et dérochage, il devait avoir une forme avec deux pics rocheux à ses extrémités lui donnant l'apparence de deux cornes vu de loin, les explications simples étant souvent les plus vraissemblables.
Récemment je suis tombé sur une carte marine faisant partie d'une série intitulée Carte des côtes de Bretagne avec position et numérotation des batteries, que la BnF classe comme réalisée entre 1700 et 1800, date qu'il est possible d'affiner en présumant qu'elle fut préparée pour la Royale au moment de la Guerre de Sept Ans (1756-1763), une époque où il est impératif pour la Marine de connaître avec précision les endroits où des canons sont pointés vers l'ennemi anglais. Je mets une vignette qui, une fois agrandie après avoir cliqué sur l'image, affiche la carte de la côte, les traits rouges marquant les batteries installées sur la côte. Vous pourrez utiliser la loupe pour zoomer sur l'agrandissement.

Extrait d'une carte intitulée Saint-Cast à Plouézec de la Marine indiquant les batteries côtières, c. 1760 © Gallica, réf. cb423177394
Cette carte emporte avec elle des questions qui ne font pas avancer le Schmilblick ! On notera le tracé fantaisiste de la côte, ainsi que deux noms inconnus sur d'autres cartes, la Pointe de Broc au-dessus de Port-Moguer et la Pointe de Belieu, juste avant celle de Minar (sans "d") qui semblerait pouvoir être celle que nous connaissons comme Berjule ; autre énigme de toponymie non résolue. Sur cette carte, pas d'Anse de Bréhec, pas de Taureau !
La Mauve est bien présente sur la carte, mais le nom donné au récif face à la Pointe de Broc est Rocuelen, sans doute Les Dames. Que peut signifier ce nom ? Il est possible de faire un rapprochement avec le vieux breton huélen = hauteur, élévation. On peut donc supposer une francisation de ce qu'un autochtone aurait qualifé à l'hydrographe de « rocher élevé ».
Quant à la Pointe de la Tour (photo © Régis Verger), la tradition orale a transmis le fait qu'il existait au Moyen Âge à cet endroit une tour, probablement de guet, dont les ruines auraient encore été visibles au XVIIe siècle (d'après des écrits du XIXe siècle). Je n'ai pas non plus d'information sur les autres noms tels la Pointe de Berjule (orthographe officielle sans 'e' mais écrite avec chez nous ainsi que sur la carte ancienne ci-dessous), n'arrivant pas à faire de connexion avec des noms bretons en partant des radicaux barj/varj- ou berj/verj-. Il est raisonnable de lui donner une origine éponyme de la famille propriétaire des parcelles de la côte à cet endroit. Je décide de ne pas retenir la possibilité Pointe du Père Jules (ha, ha...). Pour la Pointe de Minard, minard signifie poulpe en breton (pieuvre est un nom plus récent, popularisé par Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer en 1866 d'après un terme originaire des îles Anglo-Normandes).
Pour ceux qui s'intéressent à l'origine des noms de lieux sur nos côtes, vous pouvez lire l'article Toponymie des côtes bretonnes du chanoine François Falc'hun, publié dans les Annales de Bretagne, tome 55, n1, 1948, pp. 108-120, ici. Les fans d'onomastique marine pourront également se référer à l'étude, non disponible en ligne, de François Ters, Toponymie de la côte du Goëlo (le Trieux-Bréhat-Paimpol), extrait des Annales hydrographiques n 1383, Paris, 1955, 75 p. et 3 cartes.
À noter que François Ters (1909-1993) n'était pas natif du Vieux-Bréhec, mais que sa mère, Marie-Josèphe, s'y installa (maison proche du sentier de raccourci entre la route de la Corniche et la descente sur le Vieux-Bréhec) lorsqu'il était encore jeune, son père étant décédé en 1915. Enseignant d'abord installé à Rennes (mariage en 1934), il revenait ainsi souvent passer des vacances chez sa mère, où il réalisa sans doute son étude sur la toponymie du Goëlo. Fin linguiste, parlant couramment breton, il fut ancien élève de l'École des Hautes Études, agrégé de l'Université et professeur de Lettres détaché au CNRS. Il publia de nombreux ouvrages scolaires sur le latin, l'orthographe et la grammaire, ainsi que des articles scientifiques dans des revues et journaux de sociétés savantes. Il occupa également les fonctions de Chef de travaux à l'Institut Pédagogique National et reçut l'accolade d'être nommé Chef de travaux pédagogiques honoraire de la Bibliothèque nationale de France. Ardent défenseur de sa culture bretonne, il fut également Grand Druide du Gorsedd sous le nom de Stivellic an Dour Don où il exerça le rôle de ar renour (directeur) de la revue bilingue An Tribann (emblème bardique de trois traits convergents vers le sommet). Portrait tiré d'une photo de classe de 6ème prise en 1964 au lycée international de Saint-Germain-en-Laye où il exerça en tant que professeur de français, latin et grec.
De plus, véritable mine, les archives du SHOM et notamment les Annales hydrographiques des années 70 et 80, sont désormais accessibles en ligne (site des cartes anciennes du SHOM ici) que l'on pourra exploiter au niveau des cartes avec IGNMap (ici), logiciel gratuit de l'IGN pour la visualisation des données vectorielles et graphiques (les cartes sont au format Jpeg 2000, extension .jp2, de très haute résolution). Voici un extrait de la carte 970 de 1843, tirée des travaux de celle établie en 1838 par Beautemps-Beaupré (infra), première carte moderne de notre côte (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Plus tout à fait Bréhec, mais si proche et d'un intérêt local et patrimonial, le phare, ou fanal, de Lost-Pic (écrit officiellement L'Ost-Pic) n'est pas présent sur cette carte puisque terminé en avril 1894 par l'entrepreneur Stourm de Saint-Brieuc sur des plans de l'ingénieur Guillomoto. À l'origine, le phare, d'une hauteur de tour de 15 m et totale de 22 m au-dessous du niveau des plus hautes mers, offre un logement pour gardien, mais il est transformé en phare permanent non gardé en 1912 lors du remplacement de l'huile minérale en feu à incandescence par acétylène dissous, puis fonctionnant au propane à partir de 1936. Aujourd'hui, ce sont des accumulateurs de 24 v alimentés par un aérogénérateur solaire photovoltaïque qui assurent son fonctionnement. Comme pour le Taureau, son nom est celui de l'îlot rocheux désertique sur lequel il fut construit. Pour plus d'information, consultez l'ouvrage de Jean-Christophe Ficou, Noël Le Hénaff et Xavier Mével, Phares, histoire du balisage et de l'éclairage des côtes de France, Douarnenez : Éditions Le Chasse-Marée / Armen, 1999.
Quant à son étymologie, lôst = queue ou extrémité, et pic ou pik = pic ou pointe, d'où le nom de l'îlot qui est effectivement le pic de l'extrémité lorsque l'on examine la carte.

Photo © Di Chap
Et pour être vraiment complet sur notre côte, certains noms se retrouvant à Plouézec et Plouha, villes tutélaires de Bréhec, j'ajoute les termes suivants :
  • Porz se traduit par port, mais également crique, aménagée ou non, d'où Porz-Pin. Le mot pin veut dire pin, mais est aussi utilisé pour décrire un grand arbre toujours vert. Donc la crique du pin ou la crique du grand arbre vert.
  • Toull veut dire trou ou brèche, et par extension passage, passe ou chenal, tel Toull an Houl (trou des vagues) pour Toul Ahoult dans le secteur des Héaux-de-Bréhat.
  • Run est une colline ou un côteau, un tertre. Comme Run Helliou, la colline sans doute de la famille du même nom.
  • Mez décrit le large, d'ou le petit et le grand Mez de Goëlo.
  • Gwinizh est le froment et segal, le seigle ; d'où Gwin Zégal (noté Gouine Ségal sur la carte marine ancienne) en référence aux céréales cultivées dans les champs environnants. On trouve également Roc'h Gwiniz, la roche au froment, juste à côté du Grand Mez de Goëlo.
  • Môger est un mur ou une muraille ; Port-Moguer.
  • Palud se réfère à un marais, un marécage, une vasière herbue, parfois une dune. La plage du Palus devait autrefois être une zone marécageuse ou une vasière.
  • Gored est une pêcherie ou un barrage, et désigne un cordon de galets ou pierres formant un piège pour attraper les poissons (peut-être l'origine de Port Goret à Tréveneuc).
  • Poull signifie mare, étang, mais aussi un trou en mer où l'on fait bonne pêche. Avec penn pour tête ou extrémité, on obtient penn-poull... pempoull... Au bout de l'étang... il y a Paimpol !
Port Lazo mérite une mention séparée
Divers sites Web mentionnent l'étymologie comme venant du breton Porz Lac'ho signifiant port de la tuerie, du massacre, mais ne lisent pas correctement l'article de l'Inventaire du patrimoine culturel en Bretagne, qui parle de la « légende du toponyme », et de l'absence de preuves archéologiques et/ou de trace d'écrits permettant de confirmer la fameuse tuerie, qu'elle soit intervenue au IXe siècle, à la période des invasions Vikings ou plus tard durant la Guerre de cent ans. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer le poids de la tradition. En effet, la statue de Notre-Dame du Gavel faisait l'objet d'une procession jusqu'en 1906, date où elle a été brisée accidentellement, et il est raporté qu'elle était accompagnée de femmes porteuses de fourches, censées symboliser cette fameuse tuerie attribuée aux « amazones » de Plouézec (pas commodes les ancêtres !). Le port du massacre est donc une possibilité. D'ailleurs, le Dictionnaire celto-breton de Le Gonidec de 1821, qui précède son ouvrage plus important de 1850, mentionne également laz comme signifiant meurtre, massacre, tuerie.
Hélas, pas de mention spécifique sur Port Lazo dans les études scientifiques des années 50 référencées ci-dessus.


Photo © Daniel Deltour
Néanmoins... en me penchant sur l'étymologie dans le cadre de mes recherches et sur le vocabulaire breton tel qu'employé vers 1850, je suis tombé sur laz et lazou, son pluriel, qui est le mot breton pour « perche ». Je préfère cette interprétation. Elle pourrait notamment signifier qu'il y eut à cet endroit dans un temps incertain des mouillages sur pieux pour les embarcations, comme à Gwin Zégal. Vu la proximité des lieux, cela peut se concevoir car si Gwin Zégal est l'un des deux seuls ports en France à avoir conservé cette particularité, ce type de mouillage devait être beaucoup plus répandu jusqu'à une période pas très éloignée. Le problème, c'est que le mot pieu est peûl en breton, pas proche de Lazo du tout ! Ceci dit, Gwin Zégal n'est pas nommé « port aux pieux » non plus.
Autre possibilité plus vraissemblable selon moi, ces perches auraient pu servir de repères pour marquer un élevage marin, des roches à huîtres... Certes, les parcs de type actuel sont inventés en 1858, donc trop tard pour justifier l'étymologie d'un lieu qui existe déjà depuis longtemps, mais l'endroit est connu pour ses huîtres récoltées à marée basse depuis le XVIIIe siècle, ce qui sous-entend l'idée de perches/repères, et en 1848 (donc juste avant la première campagne d'Islande en 1852) la branche industrielle la plus développée dans le canton de Paimpol est l'ostréiculture.
Deuxième point de réflexion, celui de la linguistique, et de la phonétique en particulier. La variation de prononciation entre la fricative sourde "c'h" de lac'ho et la fricative sonore "z" de lazou fait que le rapport de la seconde avec Lazo semble plus logique : pourquoi avoir francisé un "r" guttural en "z" ? Ou alors, il faudrait avoir écrit lazho, le "zh" se prononçant comme "c'h" dans certaines régions de la Bretagne, surtout si l'on tient compte que le "o" peut être prononcé "ou" en breton du Goëlo, comme à Bréhec le milin Hello (moulin des Hellou). La linguistique ne se prononce pas en faveur de la tuerie !
Troisième et dernier argument contre l'interprétation d'une tuerie, celle de la psychologie humaine. Je n'ai pas effectué de réelles recherches en profondeur, mais il semblerait qu'il n'existe aucun autre lieu en France nommé d'après un terme signifiant massacre, tuerie, meurtre... Somme toute, cela n'a rien d'étonnant. Accepteriez-vous d'habiter dans un endroit rappelant des atrocités ? Les noms de bataille prennent celui des lieux où elles se déroulent. Le contraire est plus douteux. Si Port Lazo était effectivement le « port de la tuerie », je pense que la population locale, historiquement très chrétienne, aurait demandé un changement de nom, au moins dans le courant du XIXe siècle.
En l'absence d'une terminologie avérée, les deux interprétations se justifient car rien ne permet d'être affirmatif. Je penche plutôt pour Port Lazo = port aux perches, comme illustré par la photo, mais la question reste en suspens tant que des preuves documentaires n'auront pas fait surface. À chacun de se faire une idée !

Les points cardinaux en breton

* Note : Gwall = mauvais, malin, pernicieux ; spécifique au Goëlo, sert aussi à désigner le nord.

Padel
Comme indiqué supra, il se peut que l'étymologie de Padel, partie de la plage du Vieux-Bréhec située là où se trouvent les roches rouges, voir l'encart infra, ne provienne pas du breton padell (roches plates) mais d'un Monsieur Padel, titulaire de l'autorisation d'exploitation d'une pêcherie sur l'estran, et qui aurait laissé son patronyme au lieu du même nom. Le terme « pêcherie » signifie un grand piège à poissons fixe situé sur l'estran.

Photo © Thierry Raffin
Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi tous ces rochers sur le sable à Padel (photos n⁰ 1 à 3 © Guy Prigent), c'est tout simplement qu'il existait au XIXe siècle une pêcherie dont la rangée de pierres extraites de la grève marque le relicat. Cette pêcherie est mentionnée dans l'ouvrage Pêche à pied et usages de l'estran, sous la direction de Guy Prigent, catalogue de l'exposition présentée au Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1998, Rennes : Apogée, 1999 (photos n⁰ 4). Y est décrit l'organisation de ces roches ainsi que leur usage, à savoir une retenue permettant de pêcher le pouillen (frai de crevettes) servant de bouette pour la pêche aux maquereaux de ligne, ainsi que pour ramasser le poisson pris au piège par la marée dans la cuvette artificielle. Les pêcheries sur l'estran ont toujours été très réglementées depuis l'Ancien Régime puisque l'on trouve une ordonnance du roi de France Henri III de 1584 qui interdit bon nombre de pêcheries sur l'estran. Celles-ci font ensuite l'objet de l'octroi d'une concession par ordonnance de Colbert en 1681, puis elles sont supprimées dans le dernier quart du XIXe siècle, à quelques exceptions près. On peut donc imaginer que l'exploitation de cette pêcherie de Padel se soit arrêtée vers 1880, ce qui expliquerait que l'on puisse encore voir ce qu'il en reste malgré les marées et l'envasement de la grève.
Notons également que Jean-Yves Guillouët de Plouha a fait une étude sur cette pêcherie. Ses recherches lui ont permis de dire qu'elle a été construite au XVIIIe siècle à la demande du seigneur de Kerhardy et que son mur d'enceinte était d'environ 2 m de haut. Il existait à cette époque trois autres pêcheries sur l'estran : deux à l'Anse Cochat et une au Palus.
Bréhec et Vieux-Bréhec
J'en termine avec quelques remarques sur l'existence des deux noms Bréhec et Vieux-Bréhec et sur ce que l'examen des cartes ci-dessous suggère. Celles-ci (photos des cartes anciennes © Archives départementales des Côtes-d'Armor, CA 22) sont tirées du cadatre napoléonien, réalisé pour la région entre 1832 et 1833, ainsi qu'une carte marine de 1820-1830. Afin d'en faciliter la visualisation et la lecture des noms, j'ai assemblé la carte marine de la photo n⁰ 1 à partir des trois scans fournis par les Archives départementales, puis agrandi chacune des parties sur lesquelles vous pouvez zoomer avec les icônes de droite après avoir cliqué sur les photos.
La photo n 4 est celle qui nous intéresse au premier chef. Tout d'abord, le nom de l'anse et du village est Brehech. Il ne concerne que la portion droite de la baie puisque le village sur la carte correspond à la partie actuelle occupée par le Vieux-Bréhec. Du côté Plouézec, il n'y a rien hors le moulin des Moines (de Beauport) et quelques bâtiments non nommés, que la carte du cadastre (photo n⁰ 5) mentionne comme le lieu-dit Keriblanc, nom aujourd'hui disparu pour faire place au lieu-dit de Kerguen (carte IGN au 1:17000, photo n⁰ 8, © Geoportail), à moins qu'il ne s'agisse d'une erreur du cartographe puisque Keriblanc existe aussi comme lieu-dit de Plouézec, entre Coat Saliou et Kernarhant, donc à une encablure de l'endroit marqué comme tel sur la carte. La route actuelle, Côte des Terre-Neuvas, qui remonte vers le Questel n'existe pas encore passé la bifurcation à droite, l'actuelle Route de la Corniche, qui grimpe la côte pour rejoindre Traou Kertanguy, puis Le Questel. La comparaison entre les deux cartes prouve d'ailleurs que la carte marine prédate le plan cadastral. En effet, la route partant de Run Helliou (mal indiqué comme Runchon), et s'arrêtant pour faire place à un chemin, est terminée sur le plan de 1832.
Quant à la toponymie nautique, Beg min rouz est appelé Pointe de Brehech. Berjule est bien présente, mais entre les deux, on lit deux références, dont j'ignorais l'existence, Pointe de Pourouille et Pointe de Trauroux avant de retrouver Minard, référencée Minarque. À ma connaissance, on passait de Berjule à Minard ! C'est également ce qu'indique l'extrait de la carte au 1:20 000 du SHOM de 2016, photo n 7. Toutefois, les anciens du Questel et de Minard parlaient de Traoulour comme coin de pêche (traou = vallée ou bas-fond), ce qui explique sans doute la référence à la Pointe de Trauroux sur cette carte bien qu'elle ait disparu des cartes modernes. On m'a rapporté que, jusqu'à la forte tempête de 1999, trois pins sur la falaise en marquaient l'endroit. Quant au terme Pourouille, il est intéressant de noter que si les hydrographes ont inscrit cette pointe, c'est que les habitants de l'époque devaient lui donner ce nom, sans pouvoir juger de son origine ni de la justesse de sa francisation. Je présente néanmoins une tentative d'explication : on peut imaginer une mauvaise francisation du mot peûreul, dont le sens premier est « mouillé », mais qui est également utilisé comme signifiant « pétoncle » ou « palourde » selon le Dictionnaire celto-breton ou breton-français de Jean-François Marie Maurice Agathe (!) Le Gonidec de 1821. Ces dernières étant très communes à Bréhec, les locaux ont pu nommer ce qui est rapporté sous le nom Pointe de Pourouille comme l'endroit où l'on trouvait des palourdes, ou ont pu vouloir décrire une caractéristique géophysique qui en revêtait la forme. Enfin, on observe la présence de la grève des galets bleus de Porz Pin (Ports-pine) mais l'absence de Porz ar Birnec avant la Pointe de Trauroux, le reste de la carte étant identique à celle du SHOM avec la Pointe de Kerlite, Porz Donan et la Pointe de Bilfot.
Cette absence d'habitation à Bréhec « jeune » correspond aux recherches que j'ai effectuées sur les recensements de Plouézec à partir de 1856. De ce côté de la baie, la première mention de Bréhec se trouve dans celui de 1872. De plus, entre les livrets de 1856, 1861 et 1866, les noms de lieux-dits de l'arrondissement du Questel changent, ce qui ne facilite pas la tâche ! En revanche, les recensements de Plouha de la même époque indiquent bien Bréhec et non Vieux-Bréhec. La carte marine et celle du cadastre montrent bien qu'il n'y a aucune habitation au moment où elles sont tracées. Cela correspond au fait que Bréhec est alors une zone marécageuse avec des versants très escarpés, dont l'assainissement commence tout juste lorsque les biefs sont aménagés et le moulin de la Grève construit (voir la photo n⁰ 6). C'est à partir de la 2ème moitié du XIXe siècle que les travaux destinés à permettre le passage des charettes et tombereaux qui remontent le maërl sur Lanloup, que viennent décharger les gabarres, accélèrent l'assainissement des marais et l'arrivée des premières maisons côté Plouézec que l'on peut donc estimer à 1850-60, soit les années de construction de la digue (à confirmer par l'examen des permis de construire).


Photo © Christian Lugrezi
Se pose ainsi la question de savoir quand Bréhec devient le Vieux-Bréhec et que le Bréhec actuel prend son nom. Dans l'état actuel de mes recherches, je n'ai pas de réponse, autre qu'il semblerait que le Bréhec actuel prenne son nom au début du dernier quart du XIXe siècle, par référence à celui historique situé de l'autre côté de la pointe les séparant à marée haute, tandis que le Bréhec d'origine devient « ancien » plutôt au début du XXe siècle, au fur et à mesure que le « jeune » Bréhec devient le centre économique du village. La dénomination actuelle est sans doute l'intégration de facto d'une tradition orale.
Géographie
La première description très détaillée et correcte de l'anse de Bréhec n'est pas tant celle du Pilote Français de Charles-François Beautemps-Beaupré, premier ouvrage moderne en 6 tomes, publié entre 1822 et 1843, décrivant l'ensemble du littoral de la Manche et de l'Atlantique (notamment la 4ème partie: Depuis l'Île de Bréhat jusqu'à Barfleur, 1838 ; sur Gallica ici), mais surtout celle qui nous provient des travaux du Capitaine de frégate Charles-Athanase Thomassin (1827-1896), à qui l'on doit Pilote de la Manche, côtes nord de la France, en 3 volumes, dont celui qui nous intéresse est la troisième partie intitulée Des Héaux de Bréhat au cap de la Hague, Paris: Challamel aîné, 1875. Malheureusement, un ouvrage pas encore référencé sur Gallica. Les cartes modernes restent relativement inchangées depuis au niveau de la justesse du tracé des côtes de celles fournies dans le Thomassin.

Carte de Beautemps-Beaupré, Pilote Français Vol. 4, 1838 © Gallica
Le terme pilote est donné à un recueil comprenant des cartes marines avec relevés, cartes générales et plans de détails, vues des principaux dangers avec des alignements et relevés précis, le tout complété par des tableaux sur la marée. Ce type d'ouvrage marque le début de la cartographie marine moderne en France. À ce propos, le SHOM a commercialisé certaines de ces cartes jusqu'en 1990 avant de les mettre en ligne gratuitement. En sus d'instructions claires, le Pilote consacre la fin de la culture orale de transmission du savoir des pilotes côtiers, lamaneurs et maîtres de cabotage pour faire place à une culture écrite et scientifique avec une description graphique des côtes. Pour les férus de cartographie marine et de son histoire, je recommende le livre d'Olivier Chapuis tiré de sa thèse, À la mer comme au ciel : Beautemps-Beaupré & la naissance de l'hydrographie moderne, 1700-1850 : l'émergence de la précision en navigation et dans la cartographie marine, Presses Paris Sorbonne, 1999.
Pour ce qui concerne la géographie maritime de Bréhec, le plus simple est de se référer au dossier de 2002 référence IA22001204 du Centre de documentation et de l'inventaire du patrimoine culturel. Il y est dit verbatim :
Environnement
La vallée littorale de Bréhec est bordée de hautes falaises, avec des zones boisées de feuillues proches du rivage et des landes. L'intérêt biologique des landes (Minard, Berjul, Bilfot) est à souligner, des vallons (Pors-Donan) et des îles (nidification d'oiseaux marins au Grand Metz Goëlo). L'ensemble falaises et îles (inhabitées) est classé en ZNIEFF de type 1, soit en Zone naturelle, intérêt écologique, faunistique et floristique. La forte fréquentation des pointes rocheuses et du sentier littoral doit amener à éviter la création ou l'élargissement des accès, et en particulier pour les véhicules à moteur.
Premiers aménagements
Bréhec est un petit village situé au milieu de l'anse formée par la pointe de Bréhec au nord et la pointe de la Tour au sud, dans l'ouest, nord ouest du Taureau. La grève assèche à 5 m et il y a, sur la côte nord, une jetée de 50 m qui court au sud, et, dont la tablette est élevée de 2 m au-dessus des grandes marées. Des travaux ont été effectués pour rallonger la digue, avec des enrochements à la fin du 19e siècle, aménager un perré et un terre-plein, en bas de la falaise pour le passage des charrettes. Un second quai perpendiculaire à cette digue, été érigé dans la 2ème moitié du 20e siècle, avec une cale et un chemin d'accès, tandis que le ruisseau qui se déversait au milieu de la plage était détourné et comblé. L'anse de Bréhec est orientée plein nord, protégée des vents de nord ouest par une digue insubmersible, elle offre un abri pour les bateaux de plaisance. La plage est très fréquentée pendant la période estivale. L'intérêt biologique de l'estran sédimentaire est à souligner.
L'anse de Bréhec aujourd'hui
L'anse de Bréhec est aménagée depuis longtemps, puisque la jetée qui abrite le port remonte à 1861. Elle est fréquentée par les baigneurs depuis un siècle. Les villas qui la bordent ont souvent été construites trop près de la mer, et on a dû les protéger, une par une, par des murs construits empiriquement, selon des procédés et des alignements variés. Ce manque d'unité incite à proposer que si on est amené un jour à reprendre l'ensemble, il faudra construire une protection formant un arc de cercle régulier, dont le plan soit calqué sur celui des laisses des plus hautes mers, même si on devait pour cela empiéter ici sur le Domaine Public Maritime, et ailleurs mordre un peu sur les propriétés privées ; chacun y trouvera son compte à long terme. Ce mur arqué devra être solidement ancré, et dûment muni de barbacanes à divers niveaux, pour éviter la rétention d'eau qui ne manquerait pas d'en provoquer la dégradation à long terme. D'autre-part, s'il semble bien que toutes les résidences soient reliées au tout à l'égout en ce qui concerne les eaux usées, il demeure un problème d'eaux pluviales, concentrées au pied des édifices et des terrasses, et qui pour certaines résidences ne sont pas conduites à la mer, et donc s'infiltrent.
La jetée de Bréhec
La jetée de Bréhec construite de 1860 à 1866 a un profil type, en moellons et pierres de taille, liés par du ciment de Portland. Du côté du large, le massif de la jetée est bordé par un parapet de protection. Selon la règle générale, il est arasé à 2 ou 3 m au-dessus de celui-ci. La hauteur du parapet, entre 1,50 et 3 mètres s'élève de 2 à 3 m au-dessus de celui-ci. La hauteur du parapet, entre 1,50 et 3 m équivaut à sa largeur. Le couronnement de la jetée du port de Bréhec s'arrêtant au niveau des plus hautes mers d'équinoxe, par des vents de nord-est, est et sud-est, les lames devaient franchir la jetée, empêchant toute approche quelconque, un parapet devait permettre de pallier ce défaut.
Les aménagements de la 2e moitié du 20e siècle au port de Bréhec
En 1970, est créé le SIVOM de Bréhec, qui inclut les communes de Lanloup, Plouha et Plouézec. Le SIVOM s'associe à l'Amicale locale des plaisanciers de Bréhec, pour mener à bien le rallongement de la digue en trois phases, à partir de 1975 : Travaux de dérochage le long de la falaise. Le terre-plein est aménagé en perré avec un mur en granite. La digue est rallongée avec un enrochement au bout et la mise en place d'une perche de balisage. Cale d'accès au port et la réalisation de 120 mouillages.
Pour une description pleine de charme, vous pouvez également consulter :

Géographie humaine
Il est difficile de parler de la géographie humaine de Bréhec étant donné que le village est séparé en deux au niveau administratif et que les données sur le nombre d'habitants se retrouvent amalgamées dans celles générales de Plouézec et de Plouha. De plus, les recensements présentés en ligne par le site des archives départementales s'arrêtent à 1936 pour les derniers. Dans les années 1980, on dénotait 19 habitants en hiver. L'évolution récente est plutôt à la hausse, avec plus de résidents à l'année, mais j'ignore le nombre exact à l'heure actuelle.
Si l'absence de commerce de proximité pose problème, on peut imaginer que l'arrivée (tant attendue) de la fibre optique permettra peut-être au village d'accroître sa population si le télétravail devient une réelle option. Il est aussi possible d'imaginer dans un futur pas très lointain le développement des services de livraison à domicile, permettant ainsi aux personnes sans moyen de transport personnel d'envisager Bréhec comme leur lieu de résidence principal. En l'état actuel des choses, la vie à Bréhec 365 jours par an n'est pas envisageable pour la plupart des actifs, également par manque de débouchés économiques au niveau local, ce qui explique la grande majorité de résidences secondaires et de résidents retraités.
En attendant d'éplucher les recensements de Plouha et de Plouézec de manière approfondie, je ne pense pas me tromper en déclarant que la population du village a dû atteindre son pic dans les années 1910. À cette époque, il y a encore une présence des douanes, le port a une activité commerciale avec le déchargement de maërl et la pêche, les premiers hôtels sont construits, la carrière est en service, des commerces sont présents, notamment l'épicerie Bré et plusieurs cafés. Sans oublier que le viaduc est en construction, ce qui doit forcément attirer des ouvriers qui s'installent dans le coin.

Carte postale de Jean-Baptiste Barat, cliché pris en 1914. L'Hôtel Guillerm et son Restaurant Parisien au pied du viaduc.
La pêche à Bréhec
Une activité commerciale qui a perduré au XXe siècle à Bréhec est celle de la pêche.
Avant-guerre et jusque dans les années 1950, deux pêcheurs professionnels habitaient aux Vieux-Bréhec sur la route de la Corniche et proches l'un de l'autre. L'un, la maison qui fait l'angle du chemin qui repart dans les champs après le camping le Varquez ; l'autre, la maison dite « du peintre Hamon » (voir la carte Barat 554 section 1901-1910). Ils s'appelaient Désiré Gouarin et Albert Gouarin, et bien que portant le même patronyme, n'avaient pas de lien de parenté proche.
En partant de la période moderne, et jusqu'au début des années 1990, certains marins pêcheurs professionnels étaient basés au port de Bréhec. Il y avait notamment Yves Hamon (dont l'épouse, Yvonne, tenait l'épicerie-bar l'Escale) qui naviguait avec son « Face au destin », les frères Yves (Nif) et Joseph (Job) Even de Plouha, et leur « Marcel-Augustine » ; les frères Duval (Gérard et Jean-Claude), originaires de Normandie mais dont le « Sant-Guirec » était au mouillage dans le port. Également présents à Bréhec, Rémi Quéré de Port Lazo à Plouézec, Christian Dauphin de Paimpol sur le « Boulmic » et Fernand Bolloc'h de Goudelin sur le « P'tit Grippet ». La liste n'est pas exhaustive, vous en connaissez peut-être d'autres.
Grâce à l'iconographie fournie par Pascal Quéhec (références 1, 2, 3 et 4) et à quelques cartes postales, il est possible d'illustrer la présence de leurs chalutiers et canots. La photo n⁰ 1 date de l'hiver 1978, avec le « Sant-Guirec » le long du quai et le « Marcel-Augustine » à droite. La photo n⁰ 2 (photographe Yvonnig de Paimpol) est prise durant l'hiver 1987 et montre les même bateaux qu'en 1978. À l'arrière-plan, l'un des frères Duval à l'avant de son bateau. Au premier plan, Jo Breton debout  en bleu et, penché en ciré jaune, Joël, ouvrier de François Hellequin, garagiste à Lanloup avec son frère « P'tit Louis », qui remontait les bateaux du port. On reconnaît la Jeep caractéristique du garage que certains parmi vous se rappelleront avoir souvent vu dans le port à cette époque. La photo n⁰ 3 montre le « P'tit Grippet » et un tout petit bout du canot de Rémi Quéré à droite (pas de référence de nom). La photo n⁰ 4 prise durant l'été 1977 montre les frères Even, en route vers la Pointe de Berjule pour le relevage des casiers.
Les quatre cartes postales suivantes témoignent de cette activité au cours des décennies. Le « Face au destin » se retrouve sur la photo n⁰ 5, carte postale des Éditions Vacances de la fin des années 60, et le «Marcel-Augustine» sur les deux cartes suivantes du début des années 1970 des éditeurs Landouar et Jack, photos n⁰ 6 et 7. Sur la carte de Landouar, on reconnaît aussi les canots de François Hellequin et de « P'tit Jean » Hamon. La dernière carte postale Jack des années 1980, photo n⁰ 8, nous permet de voir les bateaux des frères Duval et des frères Even sur un cliché pris d'une partie du sentier des douaniers, inaccessible aujourd'hui en raison de l'éboulement de la falaise à cet endroit lors de la grande tempête de mars 2013, le grand pin visible sur la carte ayant disparu à ce moment-là.
Géologie de Bréhec
Sans rentrer dans des explications scientifiques détaillées, il faut néanmoins parler des fameuses roches rouges et vertes inscrites au patrimoine géologique, encore que réduire la falaise du littoral et le platier rocheux à ces deux teintes ne rend pas justice à l'explosion de couleurs des diverses strates et galets de Padel. Le site est défini comme indiqué sur la carte IGN à l'échelle 1:5 000, qui couvre une superficie de presque 9 hectares. À noter que l'épouse de François Ters, Mireille, soutint une thèse en 1959 intitulée La baie de Bréhec (Côtes-du-Nord) et son arrière-pays : Étude géomorphologique.
La définition scientifique donnée par la Société Géologique et Minéralogique de Bretagne décrit le site comme suit :
« Les séries rouges des bassins de Bréhec reposent sur un substratum briovérien et sont associées à un volcanisme d'âge ordovicien. ».
Pour faire simple, ces roches sont pour la plupart des argilites dont les variations de couleur sont dues à de l'oxyde ferrique pour le rouge et de l'hydroxyde ferreux pour le vert, avec de la chlorite pour le vert plus foncé. L'Office de Tourisme de Plouha propose une visite guidée du lieu. Voir la page ici pour les modalités de réservation. Notons que les roches sont encore plus belles lorsque mouillées. Parfaite activité pour un jour de pluie suivi d'une embellie !
Une image valant mieux qu'un long discours, je vous propose d'illustrer ce paragraphe sur les roches rouges de Bréhec à l'aide d'un diaporama. La photo n⁰ 1 montre le platier rocheux en regardant vers Bréhec et la n⁰ 2, la multitude de couleurs observées à Padel. Les superbes photos suivantes, n⁰ 3 à 10 de Thierry Raffin et n⁰ 11 à 13 d'Eric Pontfire, donnent un bel aperçu d'ensemble de la beauté naturelle du site.
Histoire
Pour plus d'information sur l'histoire locale, je vous conseille de consulter les Carnets du Goëlo, publication de la Société d'études historiques et archéologiques du Goëlo (SEHAG), société savante dont l'objet est de recenser, rechercher, sauvegarder et faire connaître tout document, objet ou monument relatif à l'histoire et à la préhistoire des cantons de Paimpol, Lanvollon, Plouha, Pontrieux, Plouagat, Chatelaudren, Étables-sur-Mer et des communes de Binic, Plérin et Trémuson, c'est-à-dire le Goëlo historique. Site Web ici.
En remontant à l'époque des Celtes, le territoire de Bréhec et de Lanloup appartient à la tribu gauloise des Osismes ou Ossismiens, puis est intégré à la Civitas Ossimiorum de l'Empire romain. Peu de choses sont connues de ce peuple, mentionné par César dans De Bello Gallico, ses commentaires sur la Guerre des Gaules,  comme faisant partie de la Confédération armoricaine. Plus précisément, au chapitre VII, 75, parlant des contingents demandés pour apporter de l'aide à Vercingétorix assiégé dans Alésia :
« [XXX milia] universis civitatibus, quae Oceanum attingunt quaeque eorum consuetudine Armoricae appellantur, quo sunt in numero Curiosolites, Redones, Ambibarii, Caletes, Osismi, Lemovices, Venelli. »
[trente mille (hommes demandés) à l’ensemble des peuples qui bordent l’Océan et qui selon leur habitude se donnent le nom d’Armoricains : Coriosolites, Redons, Ambibarii, Calètes, Osismes, Lémovices, Unelles.]
Le terme Armoricae est la latinisation de Aremorica, le « pays qui fait face à la mer ». C'est tout du moins l'acceptation des étymologistes qui considèrent que le mot est formé de are/war/ar (devant) mori/mor (mer) iko/ika (ceux qui). En d'autres termes, à l'époque latine, cela concerne tous les peuples riverains de la Manche et pas seulement ceux de la Bretagne en soi. Au moment de la Guerre des Gaules, l'Armorique gauloise s'étend de Royan jusqu'à Abbeville. Les Osismes occupent toute la pointe de la Bretagne, jusque vers Lorient au sud, la région de Vannes appartenant aux Vénètes, et vers Saint-Brieuc au nord, début du territoire des Coriosolites. Cliquez pour agrandir la carte de Lecedre.

Une côte militarisée à la Révolution
En mars 1793, la Pointe de Minard n'est pas pourvue de batterie, seulement d´un signal qui communique à l'est avec Plouha et à l'ouest avec la Pointe de Bilfot. Jacques Leroux en est le gardien. Pour défendre l'anse de Bréhec, en 1794, on enlève une pièce de 18 de la Pointe de Bilfot pour la placer à la Pointe de Minard. En 1795, la situation stratégique de la pointe décide les autorités à y aménager une batterie plus importante. Le petit corps de garde sera ensuite démoli pour construire le fort. Le nouveau corps de garde sera construit au bout de 6 mois, utilisant pour sa charpente des madriers fournis par l'abbaye de Beauport.
À Plouézec, il y a de la terre à poterie ; aux mâts de Goëlo, on remarque de la chaux carbonatée; près de Beauport, il existe de la baryte. Deux batteries dominent ces rivages: l'une est la batterie de Minard, dans la commune de Lanloup. Elle est armée de deux canons de dix-huit; elle a un épaulement en terre et il s´y trouve un corps de garde, sans poudrière. Son objet est de protéger un petit mouillage qui n´a rien de fort intéressant pour le commerce; l'autre est la batterie de Plouha sur la pointe de ce nom, à 7 km au nord de Saint-Quay. Cette batterie a pour destination de tenir l´ennemi au loin, et d'empêcher ces corsaires de profiter d´un bon mouillage dit la Pierre à la mauve («Roc'h ar Goëlan»), à 800 m à l'est-nord-est, ce qui leur était habituel.
François-Marie-Guillaume Habasque, Notions historiques des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc : Veuve Guyon, libraire, 1832, p. 198-199, 267.
Illustration © Alain Le Nerrant pour l'ouvrage Le Goëlo dans la Révolution - Plouha et ses environs, Association Talents cachés, 1989
Notons qu'en 1793, bien que classifié comme possédant moins de 500 habitants, Lanloup est le village important puisque nommé chef-lieu de canton (!) à la Révolution. L'auteur fait-il une erreur ou Minard était-elle réellement considérée comme sise sur le territoire de Lanloup à cette époque ?
Quant à la mention d'attaque habituelle de corsaires, il fait sans doute référence aux actes de brigandage des Chouans et notamment à l'invasion de Plouha et de ses environs le 5 février 1800 (17 pluviôse an VIII) lorsque ces derniers débarquent à Tréveneuc sous les ordres de Mercier la Vendée. L'ouvrage de Jules-Henri Geslin de Bourgogne et Anatole de Barthélémy, Études sur la révolution en Bretagne, principalement dans les Côtes-du-Nord, Paris : Dumoulin, 1858, mentionne l'affaire page 285.
Vous pouvez lire le rapport officiel sur cet épisode établi par le Paimpolais Louis Morand, alors commissaire du Gouvernement pour le canton, et père de Louis-Joseph (1806-1860), premier armateur de la goëlette morutière « l'Occasion » en 1852, en cliquant ici (3 feuillets).

Étude du cadastre
Historiquement, le village de Bréhec est rattaché à Plouha, comme en témoigne le cadastre de 1833 qui lui consacre le feuillet A (cliquez pour agrandir, © AD 22, 1833 Ass et A1). La première carte, dite d'assemblage, montre bien la séparation entre Plouézec et Plouha par le ruisseau Kergolo et les seules habitations du village de Bréhec sont le long de l'actuelle Route du Vieux-Bréhec et au début de la Route de la Corniche, qui s'arrête avant Beau Rivage et ne descend pas encore jusqu'au centre actuel du village (cette route ne sera tracée le long de la falaise que dans les années 1920 et l'escalier ne sera construit que vers 1929-1930 à la construction de l'Hôtel Beau Rivage). Quant à lui, le feuillet E2 du cadastre de Plouézec (© AD 22, 1832 E2) ne relève que le moulin de la grève.
   

Le Moulin de la Grève
Les deux cadastres indiquent bien le Moulin de la Grève mais c'est celui de Plouha qui permet de le localiser précisément.

J'ai rajouté la cale du Vieux-Bréhec et l'ancien Hôtel de la Plage pour mieux situer. La carte indique l'existence d'une retenue d'eau qui commence vers l'entrée du village en venant de Lanloup et suit une parallèle le long du ruisseau Kergolo ce qui correspond à la description d'une zone humide à cette époque. Il est intéressant de noter que l'étude du patrimoine mentionne la destruction du moulin déjà en ruine vers 1880-1890. Je peux affirmer que celle-ci n'est intervenue que plus tard, vers 1910, au moment des premières constructions côté droit face à la mer. En effet, nous avons une trace de ce moulin grâce à Armand Waron. Lorsqu'il vient à Bréhec en 1909-1910, la carte référence 5585 montre une vue du terre-plein, des habitations côté Plouézec, et du premier Hôtel de la Plage sur le front de mer. Derrière ce dernier à gauche, une ruine, qui d'après son emplacement correspond au moulin inscrit sur le plan cadastral.

Le recensement de Plouézec de 1872 inscrit Yves Rabin et sa femme Marie, née Julon comme habitant à Bréhec. Ils sont alors tous deux âgés de 70 ans (les données de 1876 permettent de voir qu'il est né en 1801, et elle en 1802) et les seules personnes de cette tranche d'âge parmi les trois foyers recensés. Hypothèse, Yves Rabin aurait-il été le dernier meunier de Bréhec? Son âge concorderait et pourrait expliquer sa présence à Bréhec à une époque où le moulin fonctionnait encore.

Familles nobles de Bréhec (lieux-dits Kerdreux, Kerhardy, Kerjolis)
Une telle étude historique dépasse le cadre de ce site Web. Ceux qui souhaitent trouver des informations sur ce sujet peuvent consulter le site Web Info Bretagne à partir de sa page sur Plouha ici. L'article de René Couffon, Quelques notes sur Plouha, mentionné infra dans la bibliographie, comporte également un historique très complet, et notamment sur celui de la chapelle Sainte-Eugénie.

Chapelle Sainte-Eugénie
Le panneau installé sur la chapelle lit :
Édifiée au XVe siècle grâce aux dons des habitants de Bréhec, elle était desservie jusqu'à la Révolution par les moines de l'abbaye de Beauport. Le pignon ouest fut restauré en 1870 par les soins de l'Impératrice Eugénie. Elle possède à l'intérieur trois rétables restaurés dans les années 1990. À l'extérieur, sur le pignon est, figurent les armes des Quellenec. Au-dessus de la porte latérale un angelot soutient les armes des Kernevenoy. En contrebas, une fontaine a la réputation de soigner les maux d'yeux.


Si sainte Eugénie, vierge ayant subi le martyre à Rome en 257, est officiellement la patronne de la chapelle, la tradition locale veut que la sainte priée par les pélerins et les natifs du coin soit en fait sainte Touine, Santez-Twina-ar-Mor en breton, dont les origines seraient celles d'une princesse galloise devenue religieuse par chagrin d'amour et débarquant à Padel au Ve siècle. Elle prend le chemin de Kerhardy, arrive à la fontaine et lui donne le pouvoir de soigner les yeux et les oreilles. Déjà en 1899, et avec une erreur d'attribution de la territorialité de la chapelle, la Revue des traditions populaires dans son article Le Culte des fontaines, Tome XIV, n⁰ 11, mentionne page 602 : « En Basse-Bretagne, des sources sont réputées pour assurer des grossesses favorables. Les femmes se rendent à la fontaine de Sainte-Pompée (Santez-Coupaïa) au bas du bourg de Langoat (Côtes-du-Nord); à Lanloup, on trempe dans la fontaine de Sainte-Thouine le linge de corps de la personne enceinte.». Pour de plus amples informations, voir l'article de Louis Dagorn, La Chapelle de Sainte-Eugénie en Plouha, Les carnets du Goëlo, n10, 1994, qui relate un entretien avec Pierre Le Soaz, natif de Bréhec. La sainte possède depuis 2018 sa statue sur le site de la Vallée des Saints (Traoñienn ar Sent) à Carnoet, sculptée par Kito, Plouézécain d'adoption (photo © Jean-Luc Bailleul). En complément, le n⁰ 30 des carnets du Goëlo de 2014 contient un article du sculpteur Jean-Paul Le Buhan, Twina et Eugénie, mémoire celte et tradition romaine qui vous en dira plus sur l'histoire de la chapelle.

Évolution historique
En ce qui concerne l'histoire de Bréhec per se, il est très difficile de raconter l'évolution du village par manque de sources historiques. Je me contente donc de reprendre encore une fois verbatim le dossier de 2002 cité précédemment dans la section 'géographie' pour un aperçu des XIXe et XXe siècles dans une description qui est toujours d'actualité 20 ans après. Plus tard, l'idée est de rajouter une page dédiée sur les hôtels, ainsi que sur la construction de la digue et ses altérations ultérieures.

Première carte postale de Bréhec par Jean-Baptiste Barat en 1903
Histoire d'un aménagement : le port de Bréhec
L'aménagement du port de Bréhec constitue presque une épopée dans la longue marche des procédures de l'Equipement et des réclamations répétées des marins et de la municipalité de Plouézec, depuis la première demande communale formulée en 1848. En 1848, Monsieur Le Saulnier de Saint-Jouan, riche propriétaire terrien, émet le voeu de voir se construire une jetée pour protéger les bateaux qui, lourdement chargés de maërl, manoeuvrent avec difficulté dans l'anse de Bréhec. Si le projet initial prévoyant une construction de 200 m de long doit être abandonné (les communes avoisinantes refusant de financer une partie des travaux), la jetée sera tout de même achevée, à la suite d'allongements et d'élévations successives, en 1866.
1853: Le Conseil général, le Conseil d'arrondissement et les communes réclament d'urgence un débarcadère à Bréhec.
1856: les marins des 11 communes des cantons de Plouha, Paimpol et Lanvollon réclament l'élargissement du chemin d'axés à la grève pour charger les sablons.
En 1858, pétition des marins de Tressignaux, Lanvollon, Gommenech, Tremeven, Lanleff, Pleguien, Lannebert demandent la construction d'une jetée convenable pour mieux abriter les bateaux transportant des engrais marins, de première nécessité pour le développement agricole des communes situées plus à l'intérieur des terres. Ces sables coquilliers mêlés au maërl sont dragués à marée basse près des îles Saint-Quay, dans le chenal de Ferlas au sud de Bréhat, apportés à Bréhec au plein de la mer, aussitôt déchargés, sans pouvoir être stockés, pour qu'ils s'égouttent et soient à la disposition des cultivateurs, qui viennent de plusieurs dizaine de km avec leurs attelages. Une aire de dépôt est indispensable, à l'abri de la marée... La commodité de la baie de Bréhec est liée aux pentes d'accès qui y sont très douces.
Une première jetée
La 1ère construction d'une jetée submersible sera reçue en 1857, réalisée par Joseph Mahé, entrepreneur. Mais cette courte jetée de 50 m, construite pour abriter les dépôts de sable calcaire dans la baie a considérablement développé le trafic. Des gabarres de 10-15 m viennent s'échouer derrière le môle. Les emplacements s'avérant insuffisants, on a prolongé la jetée de 17 m en 1861 - Nouvel essor du trafic des navires borneurs déchargeant leurs engrais marins, par l'ouverture de nouveaux chemins vicinaux vers la baie. Il faut en outre déplacer deux ruisseaux qui divisent et ennoient le dépôt. Le moulin de la grève gène aussi ces travaux et l'extension du dépôt.
1861 : dessin de la nouvelle digue de Bréhec par les ingénieurs Dujardin et de la Tribonnière. La jetée rectiligne de 50,50 m de long a été prolongée et exhaussée pour la rendre insubmersible. Le nouvel ouvrage englobe le jetée submersible existante, dont le parement extérieur est conservé. Un socle de 5,27 m de large. Des moellons bordés avec du ciment de Portland. Des échelles de sauvetage en fer rond. Mais on remarquera l'absence de musoir.
1863 : expropriation des terrains pour agrandissement du dépôt.
1865/66 : achèvement des travaux de la nouvelle jetée insubmersible de 63 m de long, dessinée par l'ingénieur Dujardin et construite par l'entrepreneur Julien le Saulnier Saint-Jouan, armateur de Binic.
1873 : demande refusée d'établissement d'un fanal sur le musoir de la digue pour les pêcheurs. Le projet de classement du clocher de Plouézec comme amer avait été rejeté en 1852-53.
1874: les marins demandent le prolongement de la digue actuelle.
1889: demande du conseil municipal de Plouézec d'un quai avec chemin d'accès à la digue-abri, pour améliorer les conditions de transport des engrais marins à Bréhec et à Port Lazo (demande refusée par le ministre des travaux publics). Argumentation : les communes voisines de Bréhec sont distantes de 9,5 km pour Paimpol. Le bourg de Plouézec est à 4 km de Bréhec.
Des tailleurs de pierre à la nouvelle plaisance
1889 : premières concessions et installations de tailleurs de pierre sur le placître de Bréhec, appartenant aux Ponts et Chaussées. Les demandes de concession sur le DPM pour la taille de pierre vont affluer pendant la 1ère moitié du 20e siècle. Les cabanes jouxtent le bureau des douanes, installé sur la grève et entravent le passage des piétons entre Plouha et Plouézec. Un aqueduc dallé canalisant le ruisseau de Kergolo, qui fixe les limites des deux communes. De 1881 à 1892, la station de Bréhec compte seulement 30 navires de quelques tonneaux, armés à la petite pêche et au bornage. Le mouvement des gabarres est plus important. Cependant, il faudra attendre la 2ème moitié du 20e siècle pour que des travaux importants inaugurent un quai neuf, une cale et un grand terre-plein autour du port de Bréhec, alors que la plaisance et le tourisme balnéaire font le plein de la station, et que les bateaux de pêche et les borneurs ont déserté depuis longtemps le havre de Bréhec. Le moulin de la grève, qui commençait à décrépir, a été démoli pour remblayer cette ancienne zone humide. La carte postale du port avec son célèbre viaduc de Harel de La Noë inaugure la nouvelle station balnéaire de Bréhec dans les années 1950, avec ses premiers immeubles à 3 étages, l'Hôtel de la plage et de la Maison blanche. Aujourd'hui, le port de Bréhec abrite de avril à octobre une trentaine de bateaux de plaisance. La capitainerie a remplacé l'ancien poste des douanes. Une école de voile s'est implantée dans l'avant-port. Les hôtels de la Belle époque ont disparu, pour laisser la place à de petits immeubles de vacances et à quelques cafés.

Carte postale de Marie Hamon en 1905. Encore aucune construction sur le front de mer.
Faits-divers
Je passe sur les faits-divers des cent dernières années, au final peu fréquents pour Bréhec et Lanloup, et relatant essentiellement des tragédies telles accidents, naufrages et noyades, ou parfois des actes sordides comme l'infanticide d'un nouveau-né ou le passage à tabac d'une femme par son époux, pour revenir sur le seul fait-divers qui a marqué l'histoire relativement récente de Bréhec, à savoir le plasticage de la villa du commissaire Le Taillanter (1925-2005) le mercredi 30 mai 1979.
La fameux commissaire, dont la renommée à ce moment-là est due à ce qu'il est également auteur de romans policiers à succès, à cette époque la série des Paris sur (vice, crime, drogue...) car l'Inspecteur Jobic arrivera plus tard, s'est fait construire une villa sur la hauteur de Bréhec à Kerguen, où il comptait passer une retraite bien méritée. Il dirige alors le S.R.P.J., service régional de la police judiciaire, de Rennes depuis 1974 et s'occupe, notamment, de la lutte contre le Front de libération de la Bretagne - Armée révolutionnaire bretonne (F.L.B.-A.R.B.), surtout après l'attentat de juillet 1978 au château de Versailles. Pour décrire le contexte, il faut savoir qu'en cette année 1979, vingt-trois militants autonomistes doivent être jugés par la Cour de sûreté de l'État en juillet pour une pléthore de chefs d'accusation : association de malfaiteurs, atteinte à l'intégrité du territoire, vols, recels d'armes et de munitions... Précédemment, le commissaire avait reçu des menaces de mort en février 1978 : « Wanted Le Taillanter mort ou vif», « Bourreau Le Taillanter... la résistance bretonne vous condamne à la peine de mort pour appartenance à la Gestapo française... » (source Le Monde).
Ce mercredi de la fin mai, un commando au nom de Trawalc'h (« Assez »), composé de quatre hommes armés et masqués, fait irruption dans la villa, baillonne et ligote, puis jette dans une fosse à ordures Madame Le Taillanter, laquelle sera en incapacité de travail six mois pour « choc nerveux » et, souffrant d'anxiété par la suite, ne voudra jamais revenir à Bréhec. Le commando fait alors sauter la maison peu après midi à l'aide d'explosifs reliés à une bouteille de gaz et une minuterie. Soufflée par l'explosion, il n'en reste pas grand-chose et les pompiers de Paimpol doivent intervenir pour circonscrire l'incendie. Le F.L.B. revendique l'attentat par un appel téléphonique passé au bureau de l'A.F.P. de Rennes. Ce fut la première fois que le F.L.B. s'attaquait directement à la police, d'où le retentissement causé par cette affaire au niveau national à l'époque. Ce choc fut également local qu'un acte d'une telle violence puisse survenir dans un village normalement si tranquille. L'acte ne devant pas resté impuni, la police et la gendarmerie procèdent à une opération conjointe contre le F.L.B. le 2 juin, suite à quoi le 3 juin cinq militants Bretons, dont le coordonnateur présumé du commando, sont déférés à la Cour de sûreté de l'État. Il seront jugés puis condamnés en octobre 1979. Les membres du commando bénéficieront d'une amnestie présidentielle accordée par le président François Mitterrand en 1981, quelques mois avant le départ à la retraite de Roger Le Taillanter qui s'installe alors dans la région de La Rochelle. Quant au F.L.B., il sera en activité une trentaine d'années, jusqu'en 2000. La mort d'une innocente, jeune employée du McDonald de Quévert dans la banlieue de Dinan, un attentat terroriste non résolu dont le F.L.B.-A.R.B. sera plus tard blanchi, est le point de départ de son renoncement à la lutte armée et de l'arrêt de son activisme, certains militants rejoignant alors l'Union démocratique bretonne (U.D.B.).


Carte-postale © Landouar dans les années 1970. Un cercle rouge souligne la seule carte connue montrant cette villa.
Je souhaite terminer cette page en vous présentant le poème réalisé par Martine Maillard (site Web ici), vacancière fidèle à Bréhec qui a publié plusieurs recueils de poésie, dont le dernier La Quête en 2019, et qui a produit un très joli calligramme sur Bréhec. Cliquez pour l'agrandir.

Et pour ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir habiter à Bréhec ou Lanloup, je vous laisse avec ceci !


Bibliographie sélective (APA)
Chapuis, O. (1999). A la mer comme au ciel : Beautemps-Beaupré & la naissance de l’hydrographie moderne, 1700-1850 : l’émergence de la précision en navigation et dans la cartographie marine. Presses Paris Sorbonne.
     
Couffon, R. (1929). Quelques notes sur Plouha. Bulletins et mémoires. Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, 60, 131‑242.

Dagorn, L. (1994). La chapelle Ste-Eugénie en Plouha. Les carnets du Goëlo, 10.
     
Falc’hun, F. (1948). Toponymie nautique des cotes bretonnes. Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 55(1), 108‑120.
     
Habasque, F.-M.-G. (1832). Notions historiques, géographiques, statistiques et agronomiques sur le littoral du département des Côtes-du-Nord. Vve Guyon.

Joanne, P. (1890). Dictionnaire géographique et administratif de la France. Imprimerie impériale.

Le Buhan, J.-P. (2014). Twina et Eugénie, mémoire celte et tradition romaine. Les carnets du Goëlo, 30.

Le Buhan, J.-P. (2017). À propos de Bréhec dans les noms de lieu cités dans le testament de Pierre Poulart et de Constance de Kerraoul au XIVe siècle. Les carnets du Goëlo, 33.

Le Gonidec, J. F. M. M. A. (1821). Dictionnaire celto-breton ou breton-français. F. Trémeau et cie.

Le Gonidec, J. F. M. M. A. (1850). Dictionnaire breton-français précédé de sa grammaire bretonne. L. Prud'homme.

Mevel, X., Fichou, J.-C., & Hénaff, N. L. (2006). Phares : Histoire du balisage et de l’éclairage des côtes de France. Glénat.  

Ogée, J. (1843). Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne (Vol. 1). Molliex.
     
Ogée, J. (1845). Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne (Vol. 2). Molliex.
     
Prigent, G. (1999). Pêche à pied et usage de l’estran. Éditions Apogée.

Reynaud, L. (1864). Mémoire sur l'éclairage et le balisage des côtes de France (Vol. 1). Hachette.
     
Ters, F. (1955). Toponymie nautique des côtes bretonnes (le Trieux-Bréhat-Paimpol). Annales hydrographiques, 1383, 69‑75.

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