Début du siècle - Un siècle de Bréhec & Lanloup

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Les premières photographies
Peu d'images à consulter, mais des documents rarissimes !

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Ces photographies de petit format sont exceptionnelles en ce qu'elles datent du tout début du XXe siècle.

La première photo est une carte postale tirée en deux exemplaires d'après son auteur, un Monsieur E. Schmidt, et envoyée à une demoiselle non identifiée mais dont on peut penser qu'elle ait un lien avec Lanloup. Cette carte étant datée du 24 février 1903, la photographie a probablement été prise en 1902 au vu de la procession qui y est dépeinte, sans doute en été; et peut-être même celle de l'Assomption de la Sainte Vierge-Marie, le 15 août de cette année, une fête toujours importante dans la calendrier lanloupais.

Les photos suivantes proviennent d'un album de famille, dont malheureusement je n'ai pas le nom, et sont datées d'août 1905. Sur la deuxième photo, on remarque l'absence totale de constructions sur le front de mer, tandis que l'hôtel de la Maison Blanche est en travaux d'agrandissement. Quand Jean-Baptiste Barat passe à Bréhec en 1903 pour prendre les deux premiers clichés de Bréhec, l'hôtel est bien présent (carte n159, section 1901-1910) mais pas encore entièrement peint en blanc comme c'est le cas ici. Il est dommage que la troisième photo ait fait l'objet d'une double exposition. Néanmoins, on aperçoit les cabanes des tailleurs de pierre (Yves Prigent et Joseph Quelen) et la guérite des douaniers (Pierre Lavissière et Yves-Marie Le Boucher).

La photo n4 est typique de l'activité du port de Bréhec. Ce n'est pas tant la pêche mais la livraison du maërl, utilisé en tant qu'engrais par les agriculteurs, qui assure l'activité économique, d'où la gabarre de petit tonneau que l'on voit échouée. Le succès du port de Bréhec est dû non seulement à la digue qui abrite les embarcations, mais également au fait que la déclivité de Lanloup à Bréhec est douce, ce qui permet de remonter les attelages chargés de maërl avec une relative facilité.

Les photos n5 et 6 sont une bonne indication de la mode de cette époque: la silhouette ne dévoile que le moins de peau possible, les jupes vont toujours au sol, les manches sont bouffantes mais la taille, cintrée; le col est droit et haut. Les chapeaux sont l'élément indispensable de la toilette. Ils sont relativement plats, de type canotier, galette ou capeline, et munis d'une voilette.

Quant aux attelages ou charrettes, ils sont encore le moyen de locomotion privilégié, quelle que soit la classe sociale, d'autant qu'il faudra encore attendre une quinzaine d'année avant que le Petit Train ne desserve la halte de Bréhec et que l'automobile ne prenne son essort.

Comme vous l'imaginez, il n'existe que peu de documents photographiques de cette époque ; ils sont malheureusement rarissimes. N'hésitez pas à contribuer au développement du site si vous retrouvez de tels trésors dans de vieux albums de famille. Je peux également recréer des images numériques à partir des négatifs sur plaque en verre.
Pour clore ce chapitre, je vous propose la lecture de deux articles sur Bréhec, communiqués par Pascal Le Maléfan, parus dans Le Journal de Paimpol et écrits en 1891 par Léon Marillier (1863-1901). Des textes emprunts d'une exaltation communicative à travers une prose où le lecteur ressent une émotion véridique, exprimée dans un style que n'aurait pas renié Chateaubriand, tant le style lyrique de ces promenades évoque les scènes d'automne de René.



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Promenade d'automne, 26 avril 1891

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Vues de mer, 10 mai 1891
Quelques mots sur l'auteur

Agrégé de philosophie, puis maître de conférence à l'École Pratique des Hautes Études, Léon Marillier rencontre Anatole Le Braz en 1881 lors de la préparation du concours d'admission à l'École Normale Supérieure. Ce Lyonnais d'origine vient passer des vacances chez son ami et, lors de son séjour, il rencontre Jeanne-Marie Le Braz, sœur d'Anatole, qui deviendra sa femme. Retournant souvent à Paimpol pour y rendre visite à Jeanne-Marie, qui fut directrice de l'école maternelle de Paimpol de 1885 à 1889, il y séjourne même quelques temps au moment où ces articles sont publiés. Il décèdera à Paris à l'aĝe de 38 ans d'une congestion pulmonaire, deux mois seulement après le terrible naufrage de la Marie-Thérèse à Port-Béni, le 20 août 1901, au cours duquel il perd sa femme, Jeanne-Marie. Ils sont enterrés tous deux dans un tombeau du vieux cimetière de Tréguier.

Un lien avec Sorbonne-Plage

Pour la petite histoire, notons qu'il est fort possible que cette amitié entre Anatole Le Braz et Léon Marillier soit à l'origine de la création de « Sorbonne-Plage». La mère de Léon, Cécile Chaley, était la compagne de Charles Seignobos, historien reconnu et fondateur du courant de l'école méthodique de l'Histoire (méthode historique appliquée aux sciences sociales), décédé à Ploubazlanec en 1942 où il est placé en résidence surveillée par les autorités de Vichy. Très ami avec le physiologiste Louis Lapicque, pionnier de la neurologie, les deux compères découvrent sans doute l'Arcouëst et la baie de Launay après avoir entendu les dithyrambes de Léon Marillier sur la région de Paimpol. Ils sont les premiers à y prendre leurs quartiers d'été, puis sont rejoints par d'autres scientifiques, tels le chimiste Victor Augé, le physicien Jean Perrin, ainsi que l'historien Georges Pagès et le mathématicien Émile Borel. Ce sont ces deux derniers qui y invitent Marie Curie en 1912. Tous ont pour point commun d'être anciens normaliens, profondément dreysusards et ardents défenseurs du pacifisme. À ce propos, Léon Marillier fut incriminé dans le procès Dreyfus, pour avoir défendu ce dernier, et il fut l'un des fondateurs de la Société française pour l'Arbitrage entre Nations, devenue Ligue de défense des droits de l'Homme. La boucle est bouclée !

Pour en savoir plus:

Édouard Launet, Sorbonne Plage, Stock, ISBN 223407925X

Pascal Le Maléfan (email ici), « Léon Marillier, figure de la psychologie naissante (1862-1901)», Bulletin de psychologie, n 476,‎ 2005, p. 267-280. Merci de prendre contact avec ce dernier si vous avez des éléments historiques sur Léon Marillier.



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